Selasa, 04 Februari 2020

La raison gourmande

Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

La raison gourmande Details

Le goût et l'olfaction sont les plus décriés des cinq sens car ils montrent à l'envi combien l'homme qui pense et médite est doublé d'un animal qui renifle et goûte. D'où le discrédit jeté sur toutes les activités esthétiques qui en appellent aux saveurs et aux odeurs, donc aux arts de la cuisine et des alcools. Ce livre propose de conférer la dignité philosophique qui leur manque aux domaines de la table et de répondre positivement à la question de Nietzsche : y a-t-il une philosophie de la nutrition ? Pour ce faire, La Raison gourmande invite à un trajet en terres hédonistes et à des pérégrinations au cours desquelles on verra Leibniz expliquer la théorie des bulles à Dom Pérignon, Grimod de la Reynière inventer la critique gastronomique à partir de la scène théâtrale, Noé servir de prétexte jubilatoire à l'ivreté, Brillat-Savarin accéder au rang de philosophe grâce à une truffe et à un utérus, Carême réaliser son désir d'être architecte en devenant cuisinier, l'art conceptuel expliquer la Nouvelle Cuisine. [?] L'ensemble du livre est placé sous les auspices de l'ange hédoniste, étrange personnage conceptuel dont le propos invite tout un chacun à se réconcilier avec l'ensemble de ses sens et la totalité de sa chair. Une existence hédoniste est à ce prix.

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Huit chapitres composent cette oeuvre de Michel Onfray. Ils sont respectivement intitulés : « Petite théorie des bulles », « Politesse gourmande et scène gastronomique », « Voies d'accès aux génitoires », « L'Utérus, la truffe et le philosophe », « Brève mythologie des religions excitantes », « L'Empire des signes culinaires », « Célébration de la part des anges » et « Esthétique de l'éphémère ». Tout du long, l'auteur se propose de soutenir la thèse selon laquelle la gastronomie est une science et un art et, en tant que telle, invite à la reconnaissance d'une éthique et d'une esthétique ressortissant de l'ensemble des Beaux-Arts.Au cours du Prologue qui ouvre le sujet, Michel Onfray fait partager au lecteur le récit d'une rencontre s'avérant décisive dans l'élaboration de son projet d'écriture. C'est en effet dans le contexte d'une entrevue avec Denis Mollat, célèbre libraire-éditeur de Bordeaux, qui l'invita un soir à dîner dans un grand restaurant de la ville, que germa en lui l'idée de s'intéresser de manière très approfondie à l'art de la table et plus particulièrement à l'histoire et à la philosophie du goût (« Je souhaitais partir au plus vite. Denis Mollat m'invita à dîner. J'ai accepté [...] Je m'inquiétais auprès de Denis Mollat, comme auprès d'un grand frère expert, des émotions et des sensations, des plaisirs et des bonheurs. »)C'est ensuite par un traité sur l'esthétique et la fabrication du champagne que débute le discours philosophique. Ainsi, dans ce premier chapitre comme dans les deux suivants, Onfray célèbre la figure de l'« Homo bulla », autrement dit celle de l'homme dont le plaisir consiste dans le processus de fabrication et de dégustation du vin. ? cet égard, il s'appuie entre autres sur un argument d'autorité qui conféra à la gastronomie ses lettres de noblesse : le philosophe des Lumières Brillat-Savarin. D'un autre point de vue, prenant le personnage biblique de Noé pour exemple, l'auteur considère l'ivresse comme un phénomène naturellement lié aux effets de l'alcool et qui peut être positivement perçu dans la mesure où il ne sombre pas dans l'alcoolisme, hors des limites de la raison et du raisonnable (« Car l'ivresse est magique et conduit en des contrées qui éclairent, illuminent et renseignent sur le fonctionnement de la raison, sur ses limites [...] L'ivresse de l'alcoolique suppose un homme devenu objet, incapable désormais de s'abstenir de boissons troublantes. »)Puis le discours s'ancre progressivement dans un portrait historique, chronologique, du gastronome en artiste et en praticien hédoniste. Partant de la philosophie de Brillat-Savarin jusqu'au manifeste de la Nouvelle Cuisine d'Henri Gault et Christian Millau, Onfray promeut la recherche culinaire au rang de philosophie et de discipline artistique. Il s'exprime à ce propos en termes d' « esthétique de l'éphémère ». Citant l'oeuvre de Marcel Duchamp ou encore celle de Daniel Spoerri, il compare l'art du cuisinier aux Beaux-arts. La matière gastronomique, culinaire, se révèle comme « support à manifestation esthétique » au même titre que « les gestes, les objets, les mots, les attitudes, les silences, les signes ».Enfin, présidant la réflexion et l'analyse que convoque un tel sujet, l'ange hédoniste dont se réclame Michel Onfray invite à la reconnaissance et à la célébration du corps. En guise de réponse argumentée à la problématique suivante : « Quel corps pour une philosophie hédoniste ? Quelle chair pour une pensée voluptueuse ? Quel matériau pour une subjectivité qui veut et revendique la jubilation ? », l'auteur confie qu' « il faut une anatomie extravagante, une physiologie écorchée capable d'enregistrer les moindres variations, les plus imperceptibles mouvements. Le bâti du sujet singulier qui s'avance près des brasiers où se consument les existences est fragile à l'extrême, c'est là toute sa force [...] Le corps hédoniste est donc d'une hypersensibilité que d'autres disent maladive pour la raison que leur cuir épais, bronzé, leur fait ignorer ce qui, même dans l'infinitésimal, peut briser. »

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