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Médée Details
Découvrez nos nouveautés sur Twitter https://twitter.com/BibliothequeHG ET Facebook https://www.facebook.com/BibliothequehgEXTRAIT:LA NOURRICEPlût aux dieux que le navire Argo n’eût pas volé par-delà les Symplégades bleu sombre vers la terre de Colchide, que dans les vallons du Pélion le pin ne fût jamais tombé sous la hache et n’eût armé de rames les mains des héros valeureux qui allèrent chercher pour Pélias la Toison toute d’or ! Ma maîtresse Médée n’eût pas fait voile vers les tours du pays d’Iôlcos, le cœur blessé d’amour pour Jason. Elle n’eût pas persuadé aux filles de Pélias d’assassiner leur père et n’habiterait pas ici en cette terre de Corinthe avec son mari et ses enfants. Elle plaisait d’abord aux citoyens du pays où elle s’était réfugiée et elle vivait dans une entente parfaite avec Jason ; or c’est bien là que se trouve la meilleure des sauvegardes, quand la femme n’est jamais en désaccord avec son mari. Maintenant tout lui est hostile ; elle est atteinte dans ses affections les plus chères : Jason trahit ses enfants et ma maîtresse et entre dans une couche royale ; il épouse la fille de Créon, qui règne sur le pays. Médée, l’infortunée ! outragée, à grands cris atteste les serments, en appelle à l’union des mains, le plus fort des gages ; elle prend les dieux à témoin de la reconnaissance qu’elle reçoit de Jason. Affaissée, sans nourriture, elle abandonne son corps à ses douleurs ; elle consume ses jours entiers dans les larmes depuis qu’elle connaît la perfidie de son mari ; elle ne lève plus les yeux ni ne détache du sol son regard ; elle semble un roc ou le flot de la mer quand elle écoute les consolations de ses amis. Parfois cependant elle détourne son cou éclatant de blancheur, et, en elle-même, elle pleure son père aimé, sa patrie, son palais, qu’elle a trahis et quittés pour suivre l’homme qui la tient aujourd’hui en mépris. Elle sait, la malheureuse, par son propre malheur, ce qu’on gagne à ne pas quitter le sol natal. Elle abhorre ses fils ; leur vue ne la réjouit plus. Je crains qu’elle ne médite quelque coup inattendu : c’est une âme violente ; elle ne supportera pas l’outrage ; je la connais et j’ai peur qu’elle n’entre sans rien dire dans l’appartement où est dressé son lit et ne se plonge un poignard aiguisé à travers le foie, ou encore qu’elle ne tue la princesse et son mari et qu’ensuite elle ne s’attire ainsi une plus grande infortune. Elle est terrible ! Non certes, il ne sera pas facile, à qui aura encouru sa haine, de remporter la couronne de victoire. — Mais voici les enfants qui reviennent de s’exercer à la course ; ils ne pensent pas aux malheurs de leur mère : une âme jeune n’a point coutume de souffrir. (Entrent les deux fils de Médée, suivis de leur gouverneur.)

Reviews
Petite remarque préalable quant à la mise en page. Soignée comme toujours dans cette petite collection d'utilité publique puisque elle rend accessible en version bilingue et à prix modéré les grandes oeuvres de la littérature antique.La traduction est récente puisque c'est celle qui a servi à la superbe mise en scène de la Médée interprétée par Isabelle Huppert jouée au festival de théâtre d'Avignon en 2000.Quant à l'histoire, elle est connue. Une femme amoureuse est trahie par son mari qui choisit d'en épouser une autre. Or, cette femme a tout fait pour son compagnon y compris commettre des meurtres. Foudroyée de douleur par la trahison de son époux, elle tuera leurs enfants, anéantissant ainsi leur père de manière symbolique. C'est la question très brûlante et profondément actuelle de l'infanticide que le théâtre grec classique nous remet sous les yeux. Nihil novum sub sole!


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